Trois jours en moto sur le plateau des Bolovens

Ce plateau est situé dans le sud du pays à une altitude au tour de 1 300 mètres. Sa population est principalement composée d’Alak et de Katu, deux minorités animistes qui croient dans les esprits, les génies protecteurs, les forces vitales qui animent les êtres vivants et aussi dans les éléments comme les pierres, le vent, etc. Il faudra vous en souvenir car cela aura un intérêt un peu plus bas. Le plateau est une zone agricole, c’est là que se trouvent les plantations de café. On y cultive également le manioc, le riz, les mûriers, etc.

Le tout commence par un arrêt chez Miss Noy.  Cet endroit tenu par Yves, un belge, et son épouse laotienne, Miss Noy, est l’endroit idéal pour louer une moto et faire la boucle du plateau des Bolovens.  On s’est pointé tôt en matinée pour être certain d’avoir une moto pour le lendemain.  On a bien fait car il n’y en avait pas assez pour tout le monde. Tous les jours à 18h Yves tient une séance d’information et remet une carte du plateau très utile pour la suite des choses.

Jour 1
Le lendemain nous sommes prêts à partir. Après avoir fait le plein nous nous sommes arrêtés à Tad Pasuam.  C’est l’une des premières cascades que l’on croisse mais qui n’est pas très impressionnante. Par contre, il y a un écomusée, sous forme de village reconstitué, où se trouve des répliques de maisons des diverses ethnies du plateau.

Un peu partout, sur le côté de la route, on voyait devant de maisons quelque chose de blanc et brun qui séchait sur d’énormes bâches. L’air sentait sucré. Intrigués, nous nous sommes arrêtés à la première maison où il y avait des gens à l’extérieur (plutôt facile car tout le monde vie dehors). Par des gestes nous avons fini par comprendre que le manioc servirait à faire de la farine. Plus on avançait, plus on voyait du manioc. On a pris la mesure de l’importance de cette industrie lorsqu’on est passé devant une centrale où les camions venaient décharger des quantités incroyables le manioc. Les montagnes de copeaux de manioc étaient saisissantes.

Chemin faisant vers Tad Lo, le village où on passera la nuit, nous nous sommes arrêtés chez Mr Vieng Coffee.  Ce producteur de café cultive du café Robusta et Arabica. Il nous a servi une tasse de café tout en nous expliquant qu’il vendait le mauvais grain à des usines qui font du café en poudre (plus tard on nous a dit que ce café servait aussi à faire des bonbons ou des gâteaux) et que le meilleur café il le gardait pour le vendre sur place aux touristes de passage. Le café était délicieux !

Nous avons eu beaucoup de plaisir au village de Tad Lo où nous nous sommes arrêtés pour la première nuit. Nous avons dormi dans ce qu’ils appellent un bungalow, c’est-à-dire une maisonnette construite sur le modèle des habitations traditionnelles Katu, une des deux ethnies majoritaires dans le plateau des Bolovens. Notre bungalow était une construction carrée aux planches mal jointes. Seul le toit était étanche. Ce petit endroit modeste a toutefois été très agréable pour l’atmosphère qui y régnait et les rencontres avec des gens venus de partout.

Dès notre arrivée à Tad Lo nous nous sommes rendus aux chutes pour voir le bain des éléphants. Quelle heureuse et agréable surprise, on y a retrouvé Michel et Cathy rencontrés lors de notre trek à SaPa au Viêtnam. Nous avons un peu plus loin également croisé Jean-Sébastien et Naïma un couple de québécois de Montréal avec qui ont avait dégusté le café chez Mr. Vieng.  On a passé une superbe soirée tous les six ensemble.

Au retour, Marie-Josée a aperçu dans un jardin un groupe d’hommes qui faisait brûler un chien dans le feu. Il le sortait de temps en temps des flammes pour gratter le poil avant de le remettre à nouveau dans le feu ! Incrédules, nous étions plantés devant la clôture à se poser plein de questions.  Cathy n’a pas hésité à entrer dans le jardin pour aller à la rencontre de ces gens. Un après l’autre nous l’avons suivi. Nous avons été très bien accueillis par ce groupe d’hommes Katus qui riaient un peu de notre étonnement. Ils préparaient effectivement du chien pour le repas du soir. Ce jour-là, ils célébraient l’agrandissement du commence adjacent au jardin. Tous ceux qui avaient participé à la construction pendant la journée restaient pour le repas. Ils nous ont expliqué que c’est une tradition plus ou moins acceptée de nos jours et peut-être même illégale mais nous n’en sommes pas certains. C’est pourquoi lorsque quelqu’un invite des amis à manger du chien il reste discret et ne l’ébruite pas. Toutefois, cela se fait encore chez les Katus pour souligner des événements importants. Comme quoi, l’animisme est vraiment présent dans ces communautés. Ils étaient très contants d’échanger avec nous et nous ont invité à revenir plus tard lorsque les mets seraient prêts. La cuisson demanderait au moins une heure.

Nous avons pris l’apéro à la terrasse de notre bungalow et le moment venu, nous avons traversé la rue chez nos nouveaux amis.  À nouveau, nous sommes chaleureusement accueillis. Ils ont sorti des bancs et des chaises, nous avions apporté de la bière et ils ont partagé un alcool de riz avec nous.

La viande était cuite ou presque. Il y avait une soupe (ou un ragoût) qui mijotait encore sur les braises et qui devait cuire une autre heure, mais les grillades étaient prêtes. Il y avait des lanières de peau grillées qui pourraient se comparer à de la couenne de porc. Dans un autre plat, des cubes de viandes grillés. Là encore, à l’œil, la viande semblait un peu grasse. Bien entendu, ils nous ont proposer d’y goûter… On a continué à discuter et à boire avec nos hôtes pendant un moment. Avant de prendre congé, nous les avons chaleureusement remerciés tout en déclinant l’invitation à partager le repas avec eux.  Nous avons tous préféré retraverser de nouveau la rue où un repas à base de riz, légumes et poulet nous attendait !

Jour 2
Avant de prendre la route nous sommes allés voir la chute Tad Lo.  Elle n’était pas à son meilleur car il y a un barrage électrique en amont et les valves étaient fermées mais malgré tout on pouvait imaginer sa beauté à son plein potentiel.

Chute Tad Lo Chute Tad Lo

À moins de vingt kilomètres, se trouve le village de Bangkokphoun.  C’est un village Katu où se trouve la plantation de Captain Hook. Pour 15000 kips (2.50$) par personne il vous fait visiter sa plantation et vous explique le processus complet du café. Selon Yves, il ne compte pas son temps et la visite peut durer deux, voir, cinq heures ! Quant à nous, nous avons préféré déguster son café. Pour les comparer, nous avons demandé un café arabica et un café robusta. Les cafés ont été préparés dans des percolateurs et des tasses en bambou.

Nous avons profité de cet arrêt pour nous promener dans le village de terre battue et de maisons sur pilotis.

Ce qui nous frappe le plus c’est de voir les villageois se promener avec leurs pipes. C’est un gros tube de bambou à l’intérieur duquel ils mettent de l’eau avec du sucre de canne. Le tabac est placé sur la petite cheminée. Ils aspirent la fumée par le haut du tube. En somme, c’est une variante de la chicha. Le plus étonnant est de voir les enfants qui fument ! Ils commencent dès l’âge de 4 ans.

Au détour d’une maison, un petit groupe d’enfants nous a interpellé. Une jeune fille avait à la main une feuille avec l’alphabet latin.  Marie-Josée a vite compris qu’ils voulaient de l’aide pour pratiquer l’alphabet. La voilà transformée est prof d’anglais.  Les enfants étaient fascinés et très appliqués. Les sourires et leur fierté un vrai bonheur à voir. Le plus jeune du groupe, qui de toute évidence ne fréquente pas encore l’école vu son jeune âge, s’amusait à tout répéter.

La journée s’est poursuivie quelques kilomètres plus loin avec la visite d’une ferme Maï Savanh Lao. Cette ferme est dirigée par un couple d’allemand qui emploi de 20 à 60 laotien selon la saison. Ils permettent également à près de 200 familles de la région d’accroître leur revenus en leur confiant des vers à soie. Ces familles doivent avoir au préalable un jardin où ils font pousser des mûriers, dont les feuilles nourrissent les vers. C’est la ferme qui fournit les plantes, les installations pour conserver les vers aux différentes étapes de leur croissance, etc. La ferme donne une formation académique à ces paysans pour être en mesure de produire de beaux cocons. Ceci nous a fait réaliser qu’ils doivent obligatoirement savoir lire et compter.

Outre la production de la soie et des plants de mûriers pour nourrir les vers, cette ferme a diversifié sa production. On y retrouve des champs de thé, du poivre, des arbres fruitiers (noix Sacha Inchi, aussi connu sous le nom de Cacahuète des Incas ) et de grands bassins d’eau qui produisent des algues pour la spiruline. La visite se termine par une dégustation de thé.

On a repris la moto avec l’idée de nous arrêter ici et là mais la météo en a décidé autrement. Une pluie « glaciale » de fin de journée nous a forcé à nous arrêter plus tôt que prévu dans la ville de Paksong. Cette ville est vraiment, vraiment moche. Le seul plaisir qu’on en a retiré a été d’être au sec !

Jour 3 

Le Soleil est radieux, on quitte avec empressement Paksong. Entre Pakson et Pàkse la route est en construction pour être élargie à quatre voies. Cela gaspille un peu le paysage mais dès qu’on quitte la route principale et qu’on emprunte les petits chemins de terre on retrouve tout le charme de la campagne et de la jungle. Une version moins bucolique serait du genre : « dès que l’on quitte la route principale on se retrouve immanquablement sur des petites routes de terres défoncées, poussiéreuses et à la signalisation défaillante. Et où les distances à parcourir semblent toujours plus longues que celles indiquées sur les rares panneaux. ». On vous laisse choisir votre version préférée.

Très vite, nous arrêtons sur le bord de la route pour prendre le premier café de la journée. Sans le savoir nous nous sommes arrêté à une coopérative de production de café équitable qui regroupe de nombreuses familles du plateau. Non seulement la Coop achète leur récolte, mais offre également de la formation aux agriculteurs pour optimiser la qualité de leurs produits et le rendement de leur terre. Ils en retirent un meilleur revenu, ce qui est positif pour la communauté.

On a visité les chutes Tad Yuang, Tad Fan et Tad Champi

Les chutes Tad Fan sont les plus jolies des trois. Ce sont deux hautes chutes qui se jettent dans un gouffre. Le spectacle est très beau. On a profité de terrasse du restaurant, avec vue sur les chutes, pour manger tout en admirant le spectacle qui s’offrait à nous.

Les chutes Tad Champi, sans être spectaculaire sont très belles avec sa végétation, sa petite rivière et son bassin au bas des chutes. Il est même possible de s’y baigner. Lorsque nous sommes arrivés une famille était à la pêche sur un radeau.

Nous avons repris la moto une dernière fois pour revenir à Pàkse. Cette escapade de 3 jours a été très agréable. Il y avait tant de chose à voir et le temps filait sans qu’on s’en rende compte. Il a fallu faire des choix car il n’était pas possible de tout voir. Nous aurions facilement pu passer une journée de plus juste dans la petite boucle des Bolovens. On ose même pas imaginer combien de temps ça nous prendrait pour faire la grande boucle !