On savait qu’il est quasi impossible d’éviter la orde de touristes dans un trek à SaPa et on en a eu la preuve. Ces excursions sont vendues par toutes les agences et guest houses de Hanoï. Nous avons choisi de faire un trek de 3 jours et de deux nuits. Nous ne l’avons pas regretté.
Le premier jour nous étions dans un groupe de 11 personnes (dont 6 canadiens !) on a marché près de 12 km dans des conditions exécrables. On avait à parcourir des sentiers montagneux pleins de boue et gorgés d’eau. Pas besoin de vous dire que nos popotins y ont goûté…
Plusieurs femmes de l’ethnie Hmong noir nous accompagnaient et aidaient les randonneurs dans les passages difficiles. Contrairement à nous, elles n’avaient aucune difficulté à circuler dans ces sentiers. Elles transportaient des paniers plein d’artisanat à vendre aux touristes. Certains touristes qui avaient eu l’aide de ces dames pour éviter des chutes dans le sentier se sentaient obligés de les remercier en achetant quelque chose.
À quelles reprises nous avons traversé les crêtes des rizières. Les paysages étaient magnifiques malgré le mauvais temps. En particulier la vue des rizières et les montagnes sculptées par les terrasses.
Tout au long du parcours il y avait plusieurs autres groupes ce qui causait parfois une congestion dans les sentiers. On était loin des balades solitaires.
Le premier soir nous avons tous loger à la même maison qui se trouvait dans un village Hmong. La famille a préparé le repas sous le regard de quelques-uns d’entre nous qui s’étaient réfugié à la cuisine par curiosité mais aussi pour se réchauffer et se sécher.
La cuisine était rudimentaire. Un point d’eau au niveau du sol, une table basse et un rond de pierre au milieu de la cuisine en guise de cuisinière. Le bambou servait de combustible et la jeune fille qui préparait le repas, régulait la température en ajoutant ou en retirant temporairement le bambou des flammes. Le repas fut copieux et délicieux. Une fois le repas terminé la maitresse de maison nous a offert son happy water (vin de riz) … Pour tout dire, il n’aurait pas gagné de concours mais il réchauffait à la perfection.
Le deuxième jour nous avons repris notre marche en matinée. Après le lunch, le groupe s’est scindé en sous-groupe selon les options que chacun avait choisi. Martin, un hollandais, et nous, étions les seuls de notre groupe à poursuivre le trek pour une autre nuit logé chez l’habitant. C’est à partir de ce moment qu’on a commencé à avoir une expérience plus authentique. Tout d’abord nous nous sommes joint à Michel et sa guide Zuzu qui se rendaient à Ban Hô, le même village que nous. C’est donc à deux guides (pour 4 touristes) que nous avons complété les 14 km que nous devions parcourir le 2e jour. En étant moins de touristes et deux guides qui parlaient un anglais fonctionnel, nous avons pu apprendre beaucoup de chose sur les différentes ethnies de la région, les réalités de tous les jours, etc. Comme par exemple, que personne n’était dans les champs car ce n’était pas la saison pour cultiver. Les hommes profitaient de ce temps pour réparer les maisons ou étaient dans la montagne pour ramasser du bois (combustible). Les femmes qui nous avaient accompagné la première journée marchent avec les touristes que lorsque le travail au champ ne les requiert pas.
Cette fois nous étions reçus dans une famille de l’ethnie Tay. À notre arrivée on a vu la mère enlever des poux à un jeune homme… Quel double malentendu ! Cathy, l’épouse de Michel qui avait passé la journée avec notre hôte, nous dit qu’elle enlevait les cheveux blancs à celui qui s’est avéré ne pas être si jeune homme que ça ! Coquets va.
Malgré la sobriété de la maison, cette famille qui nous hébergeait était plus fortunée que notre famille de la veille. La salle familiale été meublée de fauteuils et le planché recouvert de tuiles. La cuisine était similaire mais mieux équipée. Là encore nous avons bien mangé et goûté à un autre happy water !
Le troisième jour, avant d’entamer l’ascension (environ 600 mètres) du chemin descendu la veille, nous sommes allés voir une cascade près du village. À un moment donné, nos guides ont disposé des pierres sur un rochers à une certaine distance de nous. Elles nous ont invité à jouer avec elles. Le jeu consistait à lancer des roches pour déloger les pierres placées sur les rochers. Mha et Zuzu n’ont fait qu’une bouchée de nous ! Après coup, elles nous ont avoué qu’elles jouaient à ce jeu sur le chemin du retour de l’école.
Elles nous ont aussi raconté que dans leurs communautés elles se mariaient vers l’âge de 15 ou 16 ans. Toutes les deux étaient séparées et nous disaient qu’il sera difficile de se remarier. Notre guide qui se nomme Mha, élève son enfant avec l’aide de ses parents. Elle donne presque la totalité de son salaire pour permettre à son frère et sa sœur d’étudier au High School à SaPa. Elle espérait pouvoir ramasser assez d’argent avant la fête du têt pour acheter un jouet à son fils (une petite moto jaune).

Nous avons vue chez l’ethnie Hmong beaucoup d’homme et de femmes avec une grande tâche rouge sur le front. Elles nous ont expliqué que c’est pour guérir le mal de tête. Ils appliquent sur le front l’extrémité d’une corne de bœuf chauffée. Les traces de la « brûlure » prennent quelques jours à disparaître. La dernière journée du trek, Mah disait avoir un mal de tête, Marie-Josée lui a proposé un comprimé d’ibuprofène qu’elle a accepté sans hésitation !