Les 4000 îles

La région des 4000 îles est située dans le sud du Laos à la frontière avec le Cambodge. Les voyageurs croisés au hasard du voyage, les blogs et les livres en parlaient comme le royaume de la « farniente » et ça s’est avéré vrai !  C’est un endroit où l’on ne fait pas grande chose et on ne culpabilise pas ! Ça prend même un peu de courage pour se résigner à quitter l’endroit.

On nomme la région « 4000 îles » à cause des innombrables îles qui s’y trouvent. Certaines îles ne sont pas plus grosses qu’une touffe d’herbe. Disons qu’il faut un peu d’imagination pour arriver au chiffre magique de 4000. Les déplacements se font surtout en bateau. Sur les plus grosses îles on voit que vélos et motos. Pas la peine de klaxonner, c’est si petit qu’on a le temps de voir tout le monde venir !

On a loué un petit bungalow au bord du Mékong sur l’île de Don Khone. (Ne pas se tromper avec Don Khong qui est une grande île à des dizaines de kilomètres de là). Certains préfèrent Don Khone pour son ambiance plus locale tandis que d’autres choisiront Don Det, la voisine d’en face, pour son côté plus animé et faire la fête avec d’autres touristes occidentaux.

Les 4000 îles se trouvent dans un delta qui s’étale et forme plusieurs chutes et rapides. À la fin du 19e siècle les Français tenaient à contrôler la région pour protéger la frontière nouvellement établie entre le Siam de l’époque (Thaïlande aujourd’hui) et le Laos.  Pour y parvenir ils voulaient acheminer des canonnières. Après quelques tentatives pour franchir les chutes, ils se sont rendus à l’évidence : les bateaux ne pourraient pas les vaincre.  Mais qu’à cela ne tienne, ils ont d’abord construit un pont (le pont des français) pour relier les îles de Don Khone à Don Det.

Puis en 1893 ils ont inauguré – en pleine jungle – une ligne de chemin de fer qui reliait les deux îles ! Les bateaux franchissaient donc les rapides par voie terrestre… sur des wagons tirés par une locomotive ! C’est complètement surréaliste de voir ces photos.

Entre deux séances de hamac, nous avons visité les chutes Li Phi et les chutes Phapeng.

Chutes Li Phi
Chutes Li Phi

Les chutes Li Phi ne sont pas très hautes, que 21 mètres, par contre elles ont le plus grand débit dans toute l’Asie du Sud ; 11 000 m3 en saison sèche et 49 000m3 durant la saison des pluies, rien de moins.  Elles sont superbes en tout temps et spectaculaires par moment.

On peut apercevoir ici et là des cordes tendues et des perches pour passer d’une rive à l’autre. Le plus impressionnant, c’est de voir la désinvolture avec laquelle les pêcheurs mettent leur ligne à l’eau tout juste au bas des chutes. Ça donne des frissons car le courant est très fort. On a vu des pêcheurs revenir avec des belles prises de poisson-chat… Il faut croire que risque en vaut la chandelle.

Les chutes Phapeng sont également à distance de marche. Bien que plus petites que celles de Li Phi, elles valent la peine d’être vues. On y découvre une série de nasses déposées dans la rivière. On voit aussi des énormes « cages » pour la pêche en saison des pluies. À gauche du pont suspendu on peut apercevoir les ouvrages des canalisations réalisés par les français pour contenir les eaux.

Les îles se parcours facilement à vélo. Nous nous y sommes toutefois pris à deux fois pour le faire car Mauricio a un mauvais karma avec les vélos depuis que nous sommes en Asie. Il a beau choisir avec minutie sa monture, elle finit toujours par lui occasionner quelques ennuis. Cette fois-ci c’est en plein milieu d’un sentier dans la jungle à Don Khone que le dérailleur a rendu l’âme. Plus moyen de faire quoique ce soit ! Il a eu le plaisir de marcher à côté de son vélo sur plus de 4 km en pleine chaleur de mi-journée. Comme dit Mauricio dans ce genre de moments, c’est aussi ça le voyage.

La Frontière

Après quatre jours nous avons trouvé la force de quitter ce paradis de la paresse pour passer la frontière cambodgienne (au poste frontière de Sting Trung).  Ce passage de frontière est une expérience en soit qui sème la discorde entre voyageurs. Le tout commence du côté laotien, avant de prendre l’autobus qui nous conduit à la frontière. Il y a un homme qui propose de s’occuper de toutes les formalités de sortie du Laos et d’immigration au Cambodge contre la modique somme de 10$ par personne.

C’est là que la discorde commence. D’un côté, il y a ceux qui ne veulent pas encourager cette pratique qu’ils associent à de la corruption (car une partie de l’argent va dans les poches des officiers en poste) et de l’autre côté ceux qui payent pour se simplifier la vie.

À l’arrivée à la frontière, ceux qui ont payé le 10$ se font déposer par autobus devant quelques petits restaurants situés du côté cambodgien. Ils vont attendre que les formalités de visa soient réglées (et attendre que les autres reviennent) en profitant d’un café ou d’une bonne bière. Pendant ce temps, ceux qui ont décidé de ne pas payer de supplément, vont d’abord passé l’émigration laotienne, ce qui ne semble pas trop compliqué. Ensuite, ils doivent passer un « no man’s land » pour ensuite affronter l’immigration cambodgienne. Là c’est plus compliqué, tout est fait pour les faire payer. Les douaniers les font attendre, se mettent à plusieurs officiers pour mettre de la pression, ils parlent fort aux voyageurs, ils disent que l’autobus partira sans eux, etc. etc. Au final la plupart ont payé des soi-disant frais administratifs (entre 5$ et 7$) pour se faire tamponner le visa… Seuls, quelques personnes auront le bonheur de ne rien payé.

Si ce n’était la solidarité de certains voyageurs pour empêcher l’autobus de partir, ils l’auraient effectivement manqué. Martin, que nous avions rencontré à SaPa, avait tenu son bout pour ne pas payer le supplément et l’autobus était effectivement partie sans lui. Il a payé en tuk-tuk, pour rattraper son bagage, l’équivalent de ce qu’il avait économisé à la frontière. Sa consolation avait été de donner l’argent à un chauffeur et non à un douanier corrompu !