De retour à Santiago, nous profitons pour magasiner ; une première en plus de 10 mois. Il fallait bien s’équiper pour affronter le froid de la Patagonie. C’était prévu. Pas question de traîner des gros manteaux et des bottes pendant 10 mois… et de toute façon ce sera utile pour notre prochain hiver.
PATAGONIE
La Patagonie est la région la plus au Sud du Chili et de l’Argentine. C’est la région des glaciers et de la terre de feu. C’est un monde à part où ses habitants se définissent d’abord comme patagoniens avant d’être chiliens ou argentins. En y mettant les pieds, on retrouve la neige ! C’est là qu’on a réalisé qu’on n’avait pas eu de neige depuis plus d’un an. On avait du plaisir à entendre les crunchs, crunchs, sous nos pieds.
Du côté Chilien, le Nord et le Sud de la Patagonie ne sont pas reliés par une route. Il faut donc prendre soit l’avion, faire entre 25 et 36 heures de route (en passant obligatoirement par l’Argentine et traversant deux fois la frontière) ou s’embarquer sur un traversier qui prend 48 heures et qui vous dépose dans un village où en hiver la météo peut bloquer l’unique passage et coincer les voyageurs pour plusieurs semaines. On vous laisse deviner quel transport on a choisi !
Quand on survole le Campo de hielo (champs de glace) on comprend bien pourquoi il n’y a pas de route possible. Ce sont des glaciers qui se succèdent les uns après les autres. Grandiose du haut des airs.
PUNTA ARENAS
Punta Arenas (environ 127 000 habitants) est la ville la plus Australe du continent américain. Il y a bien sûr Ushuaia en Argentine (67 500 hab.) qui est plus australe mais elle est sur une île. On parle donc ici de la dernière ville du continent. La route qui sillonne la région s’appelle poétiquement « la route du bout du monde ».

Nous sommes au 53e parallèle de l’hémisphère Sud. C’est d’ici que partent certaines expéditions pour l’Antarctique. D’ailleurs, Juan, notre hôte, nous parlait avec émerveillement des avions Antonov russes qui atterrissent de temps à autres à Punta Arenas. Fait amusant, il semblerait que même si ces expéditions décollent vers l’Antarctique, ce n’est qu’une fois rendues au Cap Horne que se prend la décision de continuer le vol ou de faire demi-tour.

Plusieurs tours sont organisés depuis Punta Arenas. Nous avons bien tenté d’aller voir les Manchots Roi à la terre de feu, mais le parc national était fermé pour la semaine afin d’effectuer des réparations. Pas de Terre de feu pour nous !
TORRES DEL PAINE

De Punta Arenas on se rend à Puerto Natales d’où partent les excursions pour le Parc National Torres del Paine. Comme on est en hiver et près du solstice, les journées ont que 7 1/2 heures d’ensoleillement. On n’avait aucune difficulté à faire la grâce matinée, le soleil se levait à 10 h du matin. Toutefois, on a dû visiter le parc un peu en accéléré pour profiter au maximum de la lumière. On a d’ailleurs terminé la journée à la noirceur. À notre dernier arrêt, c’est à peine si on devinait l’immense grotte (sans éclairage) qui se dressait devant nous. Cependant, la journée était superbe et on a pu apprécier la beauté du parc, les fameuses Torres del Paine, une formation rocheuse qui a donné le nom au parc, ainsi que le glacier Grey, les lacs, les Guanacos (famille des lamas), quelques condors, etc.
Guanacos

GLACIERS
Le Parc National Bernardo O’Higgins est le plus grand parc du Chili. C’est par bateau, en empruntant le fjord de La Última Esperanza (littéralement » fjord du dernier espoir « ) qu’on accède à ce parc pour voir le fjord et les glaciers Balmaceda et Serrano.
Pourquoi le dernier espoir ? Le nom a été donné par le navigateur Juan Ladrillero qui, après deux ans à la recherche du détroit de Magellan, aurait dit en s’engageant dans cette anse : voilà mon dernier espoir ! Dernier espoir déçu car il n’y avait pas d’issue, mais pour nous le spectacle était féerique.
La fin de notre séjour au Chili s’est terminé sous la pluie et le froid. On a quitté Puerto Montt par un gros 8 Celsius, sous une pluie abondante et des vents de 70km/heure qui enlevaient tout intérêt aux activités de plein air qu’on souhaitait faire ! On a dû passer notre chemin, bien malgré nous, sur la région des lacs et des volcans. Les frontières terrestres entre le Chili et l’Argentine étant fermées au Sud du pays à cause de la météo, nous avons pris un bus de nuit vers Santiago pour ensuite filer vers Mendoza en Argentine.
La CATA, avec un nom comme ça on aurait dû s’en méfier !
On pensait bien filer vers l’Argentine, mais une fois arrivés à Santiago, les employés de la compagnie de bus CATA, aussi chaleureux qu’un bloc de glace, nous annoncent que le passage frontalier est fermé et sans plus d’explications, ils nous disent de revenir le lendemain. C’est le même scénario pour toutes les agences. C’est la mauvaise météo en montagne qui paralyse tout. Rien à faire, il faut attendre. Bon, on trouve où loger et on en profite pour aller voir, dans un bar sportif rempli de Chilien, le match de la coupe des confédérations Chili – Allemagne.
Le lendemain matin nous voilà de retour au terminal d’autobus. On a de l’espoir, le bus est à quai, le personnel aussi… puis soudain il part sans passagers. Et oui, le passage frontalier était à nouveau fermé… trop de neige. On doit revenir le lendemain à la même heure… c’est le jour de la marmotte (pour ceux qui se souviennent du film). Finalement, c’est à la troisième tentative qu’on peut enfin partir. Le passage est ouvert mais on apprendra plus tard qu’il fut refermé le lendemain de notre passage.

La route pour atteindre la frontière est époustouflante. Les lacets sont spectaculaires, à environ 3200 mètres d’altitude on emprunte le tunnel international du Cristo Redentor long de 3km qui nous amène en territoire argentin. Au poste frontalier, une file immense nous attend. On prendra plus de 3 heures avant de pouvoir continuer notre chemin.
Voilà que l’on quitte le Chili. Un autre pays où il faudra retourner car il y a encore tant à voir… mais une chose est certaine, ce ne sera PAS en hiver !