Apartheid

19 octobre 2016

Voilà presque 25 ans que l’apartheid a été légalement abolie en Afrique du Sud. On dit légalement car ses traces sont toujours visibles. Le changement prendra plusieurs générations mais le pays semble réellement engagé dans ce processus.

Tout au long de notre séjour, nous avons constaté l’héritage que l’apartheid a laissé. Il y a les beaux quartiers, clôturés et avec barbelés, qui sont toujours très blancs. Par ailleurs, il y a aux abords des villes, des townships où la misère est bien visible. Au quotidien, les noirs occupent toujours les emplois les plus manuels, les plus difficiles (domestiques, ouvriers de la constructions, pompistes, travailleurs agricoles, etc.). On ne se souvient pas d’avoir vu un seul blanc occuper un de ces postes.

Dès que l’occasion se présentait, nous n’hésitions pas à demander à nos interlocuteurs ce que la fin de l’apartheid avait eu comme impact dans leurs vies. Les réponses des blancs se résument à peu de choses : les équipes nationales mixtes (ils nous ont tous parlé avec fierté de la mixité de leur équipe de rugbys !), la fin de la ségrégation raciale dans les endroits publics et la difficulté qu’ont encore aujourd’hui les afrikaners plus âgés à accepter ces changements. Chose un peu curieuse, plusieurs nous ont mentionné que l’apartheid avait été davantage un phénomène relié à la région de Johannesburg/Pretoria. Tandis que dans la région du Cap, le citoyen ordinaire soutenait moins l’apartheid. Notons toutefois, que cela n’a pas empêcher leurs dirigeants d’exproprier, détruire tout un quartier (le Disctrict Six) en plein centre de Capetown et de chasser sa population vers l’extérieur de la ville.

Photo : plan de District Six et Rues avant destruction.

Si les choses ont peu changé pour les blancs, c’est parce que le niveau d’éducation des noirs demeure relativement bas vs celui des blancs. De surcroît, la richesse reste encore concentrée dans les mains des blancs. D’ailleurs, Michele et JP, un jeune couple d’afrikaners récemment mariés, de Pretoria (une des trois capitales du pays Pretoria, Capetown et Bloemfontein) avec qui nous avons passé deux soirées au bord du feu de camps à Addo Elephant Park, nous ont parlé de la sagesse de leurs dirigeants (Mandela et De Klerk) qui se sont assurés d’une transition pacifique tout en assurant le respect de la propriété privée ! Michele et JP nous expliquaient l’insécurité dans le pays comme étant le résultat du haut taux de chômage chez noirs, qui faute de revenus pour faire vivre leurs familles doivent voler.

Du côté des noirs, comme nous disait Thomas, notre guide de confiance à Johannesburg, les choses sont vraiment meilleures. Il y a bien sûr la dignité « re »trouvée de pouvoir aller et venir comme tout le monde. Il y a l’accès au même système d’éducation que les blancs. Du temps de l’apartheid, les noirs avaient accès au plus bas des trois systèmes d’éducation. D’ailleurs, ils ont un grand espoir de voir leurs enfants et petits-enfants accéder à des meilleurs postes grâce à cette éducation. L’accès à l’éducation est réel ; tout au long de notre route, peu importe le patelin ou la grande ville, nous avons croisé des enfants en uniforme scolaire sur le chemin de l’école. Ruth, une guide mulâtre (classification du gouvernement) de 71 ans, qui a vécu l’expropriation du quartier District six, nous disait qu’aujourd’hui il y a plus de noirs que de blancs à l’université des technologies du Cap.